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L’Aliyah au rythme des coups de feu et des scrutins électoraux ?

par / mercredi, 11 juin 2014 / Publié dans Alyah, Antisémitisme
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mardi 10 juin 2014, par Menace antisémite

Pour de nombreux juifs, ce week-end à Bruxelles fut horrible à double titre. Le 24 mai, un homme armé est entré dans le Musée Juif au Sablon et a ouvert le feu avec une Kalashnikov, tuant quatre personnes. Le lendemain, les premiers résultats des élections européennes s’affichaient sur un écran géant et montraient la victoire sans précédent des partis d’extrême droite dont les Néo-nazis-avérés.

Pour certains, ces événements semblaient liés : l’Europe revenait à d’anciennes idéologies très inquiétantes et la tuerie était la preuve-si preuve il fallait- que l’Europe n’était plus un lieu sûr pour les Juifs. Les leaders israéliens ont déclaré que ces meurtres étaient le résultat d’une « incitation permanente » à l’encontre de l’état juif. Un journaliste américain, Jeffrey Goldberg, a provoqué de l’agitation en postant un tweet : “dans quelle mesure, les Juifs d’Amérique et les Juifs d’Israël disent-ils aux Juifs d’Europe qu’il serait temps de partir ?”

Pour de nombreux Juifs européens, l’idée est absurde. Pourtant l’idée de partir affleure à la surface. Le retour vers la Terre Promise est au cœur de la tradition juive et du Sionisme moderne. L’an dernier, une étude de l’Agence des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne a montré que presque un tiers des Juifs ont songé à partir au cours des cinq dernières années, parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité.

Trois quarts d’entre eux estimaient que l’antisémitisme s’aggravait, la situation en Hongrie et en France étant particulièrement mauvaise. Depuis des années, il règne une inquiétude particulière en France, patrie à la fois de la plus grande communauté juive d’Europe et de la plus nombreuse minorité musulmane. La controverse au sujet des spectacles du comique Dieudonné, et la vulgarisation du geste dit de la “quenelle” (supposé être une version modifiée du salut nazi) entretient la croyance en une haine des Juifs de longue tradition. Les critiques de la France contre le gouvernement israélien, plus une campagne de boycott de l’Union Européenne des produits en provenance des implantations juives, ont poussé certains à soutenir que l’antisionisme est une forme cachée d’antisémitisme.

Le succès du Front National, arrivé premier aux élections européennes, est une nouvelle source d’inquiétude. Il fait partie d’une poussée plus importante en Europe, y compris l’élection des Néo-nazis en Grèce, Hongrie et même en Allemagne.

L’Agence Juive Israélienne dit que le nombre de Français juifs émigrant en Israël est quatre fois plus élevé au cours du premier trimestre de cette année qu’à la même période l’an passé. On entend souvent parler français dans les quartiers en vogue de Tel Aviv. La part de ces chiffres attribuable à la peur de l’antisémitisme, et celle due à la stagnation économique en France est difficile à estimer ; beaucoup de citoyens français, Juifs et non Juifs, vivent désormais à l’étranger, et en particulier à Londres. L’assassinat des enfants de l’école juive de Toulouse en 2012 fut un choc épouvantable. L’agresseur, Mohamed Merah, mort au cours d’une fusillade avec la police, avait de nombreux points communs avec Mehdi Nemmouche, l’agresseur présumé du Musée Juif de Bruxelles, qui a été arrêté à Marseille lors d’un contrôle douanier, mais il nie toutes accusations. Tous deux étaient de jeunes hommes originaires d’Afrique du nord, avec à leur actif des délits mineurs, qui semblent s’être radicalisés en prison et avoir été en contact avec des djihadistes à l’étranger, le premier en Afghanistan, le second en Syrie.

Pour les services de renseignements et les forces de sécurité européens, l’attentat à Bruxelles confirme les pires craintes au sujet de la menace posée par les jeunes Musulmans européens qui se battent en Syrie. Nombreux sont ceux qui renteront bien entendu chez eux, d’autres continueront probablement de perpétrer des actes de violence, ou même de tuer des Juifs.

Les synagogues et les écoles juives ont reçu une protection supplémentaire partout en Europe. Certaines personnes se tiennent éloignées des cibles juives évidentes. Ceux qui parlent hébreu songent à changer de langue lorsqu’ils se trouvent dans un lieu public. Même si les Juifs n’ont pas quitté l’Europe, déclare Daniel Schwammenthal du Comité des Juifs Américains, certains ont « déjà émigré de leurs communautés ».

Il fut une époque où la nouvelle ouverture de l’Europe après la chute du Mur de Berlin semblait augurer d’un âge d’or pour les Juifs d’Europe. La vie juive avait été restaurée là où elle avait cessé d’exister, et l’extension des frontières à une Europe post-nationale a offert de nouvelles opportunités aux Juifs dispersés au-delà des frontières.

Clairement, le nationalisme se réaffirme. Et l’ancien antisémitisme persistant, basé sur le christianisme, se mélange maintenant à un Islamisme radical parmi les Musulmans désabusés.

Défaites vos valises

Bien entendu, aussi inquiétants que ces changements puissent être, ils pourraient ne pas être le signal que les Juifs doivent faire leurs valises et partir. A l’évidence, l’antisémitisme en Europe n’est pas encouragé par les gouvernements, et il n’y a aucun pogrom organisé ni aucune loi de Nuremberg.

Berlin se vante d’avoir la communauté juive ayant la plus grande croissance au monde. Les Juifs sont libres de rester ou de partir. Emigrer en Israël peut être considéré comme un devoir religieux, un besoin culturel ou politique pour de nombreux Juifs, mais ce n’est pas plus sûr que de rester en Europe.

De plus, si les nouveaux partis populistes ont réussi, c’est en partie parce que plusieurs d’entre eux ont effectué un travail de désintoxication. Alors que Jean-Marie Le Pen parlait des chambres à gaz comme d’un « détail » de l’histoire, sa fille, Marine, parle de l’Holocauste comme le « summum de la barbarie ». La colère des populistes est davantage dirigée contre les Musulmans que contre les Juifs.

Si tout ceci est une tentative de cacher l’antisémitisme ancienne version, des groupes juifs américains et israéliens ont contribué à redorer l’image des partis populistes. Les sympathisants du Parti pour la Liberté au Pays-Bas ont été accueillis par des jusqu’au-boutistes en Israël alors même que des groupes juifs dans leurs propres pays ont parfois cherché à les isoler. Et qu’en est-il des tueurs djihadistes ? La menace est réelle, mais elle peut frapper les non juifs tout comme les Juifs – aussi bien en Europe qu’en Amérique.

Le modèle politique européen est peut-être en train de s’effilocher, mais il continue à maintenir les sociétés ouvertes et tolérantes. L’Union Européenne, malgré son besoin de réformes, recherche la même chose sur l’ensemble du continent. De telles idées valent la peine d’être défendues, y compris le droit de contester et de critiquer Israël. La protection des Juifs est un test important pour la démocratie européenne, tout comme l’est le traitement des autres minorités respectueuses des lois, dont les Musulmans.

Si l’esprit de tolérance venait un jour à disparaître, les Juifs pourraient ne pas être les seuls à quitter l’Europe.

Par « Charlemagne »

The economist

2014 06 07.

Trad. C. Forte

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